58. La Bénédiction
La Bénédiction : monologue (François Coppée)
Or, en mil huit cent neuf, nous prîmes Saragosse.
J’étais sergent. Ce fut une journée atroce.
La ville prise, on fit le siège des maisons,
Qui, bien closes, avec des airs de trahisons,
Faisaient pleuvoir les coups de feu par leurs fenêtres.
On se disait tout bas : « C’est la faute des prêtres. »
Et, quand on en voyait s’enfuir dans le lointain,
Bien qu’on eût combattu dès le petit matin,
Avec les yeux brûlés de poussière et la bouche
Amère du baiser sombre de la cartouche,
On fusillait gaîment et soudain plus dispos
Tous ces longs manteaux noirs et tous ces grands chapeaux.
Mon bataillon suivait une ruelle étroite.
Je marchais, observant les toits à gauche, à droite,
A mon rang de sergent, avec les voltigeurs,
Et je voyais au ciel de subites rougeurs
Haletantes ainsi qu’une haleine de forge.
On entendait des cris de femmes qu’on égorge,
Au loin, dans le funèbre et sourd bourdonnement.
Il fallait enjamber des morts à tout moment.
Nos hommes se baissaient pour entrer dans les bouges,
Puis en sortaient avec leurs baïonnettes rouges,
Et du sang de leurs mains faisaient des croix au mur,
Car dans ces défilés il fallait être sûr
De ne pas oublier un ennemi derrière.
Nous allions sans tambour et sans marche guerrière.
Nos officiers étaient pensifs. Les vétérans,
Inquiets, se serraient des coudes dans les rangs
Et se sentaient le cœur faible d’une recrue.
Tout à coup, au détour d’une petite rue,
On nous crie en français : « À l’aide ! » En quelques bonds
Nous joignons nos amis en danger et tombons
Au milieu d’une belle et grave compagnie
De grenadiers chassés avec ignominie
Du parvis d’un couvent seulement défendu
Par vingt moines, démons noirs au crâne tondu.
Qui sur la robe avaient la croix de laine blanche,
Et qui, pieds nus, le bras sanglant hors de la manche,
Les assommaient à coups d’énormes crucifix.
Ce fut tragique : avec tous les autres je fis
Un feu de peloton qui balaya la place.
Froidement, méchamment, car la troupe était lasse
Et tous nous nous sentions des âmes de bourreaux,
Nous tuâmes ce groupe horrible de héros.
Et cette action vile une fois consommée,
Lorsque se dissipa la compacte fumée,
Nous vîmes, de dessous les corps enchevêtrés,
De longs ruisseaux de sang descendre les degrés. —
— Et, derrière, s’ouvrait l’église, immense et sombre.
Les cierges étoilaient de points d’or toute l’ombre ;
L’encens y répandait son parfum de langueur ;
Et, tout au fond, tourné vers l’autel, dans le chœur,
Comme s’il n’avait pas entendu la bataille,
Un prêtre en cheveux blancs et de très haute taille
Terminait son office avec tranquillité.
Ce mauvais souvenir si présent m’est resté
Qu’en vous le racontant je crois tout revoir presque :
Le vieux couvent avec sa façade moresque,
Les grands cadavres bruns des moines, le soleil
Faisant sur les pavés fumer le sang vermeil,
Et, dans l’encadrement noir de la porte basse,
Ce prêtre et cet autel brillant comme une châsse,
Et nous autres cloués au sol, presque poltrons.
Certes, j’étais alors un vrai sac à jurons,
Un impie ; et plus d’un encore se rappelle
Qu’on me vit une fois, au sac d’une chapelle,
Pour faire le gentil et le spirituel,
Allumer une pipe aux cierges de l’autel.
Déjà j’étais un vieux traîneur de sabretache ;
Et le pli que donnait ma lèvre à ma moustache
Annonçait un blasphème et n’était pas trompeur. —
Mais ce vieil homme était si blanc qu’il me fit peur.
« Feu ! » dit un officier.
Nul ne bougea. Le prêtre
Entendit, à coup sûr, mais n’en fit rien paraître,
Et nous fit face avec son grand saint sacrement,
Car sa messe en était arrivée au moment
Où le prêtre se tourne et bénit les fidèles.
Ses bras levés avaient une envergure d’ailes.
Et chacun recula, lorsqu’avec l’ostensoir
Il décrivit la croix dans l’air et qu’on put voir
Qu’il ne tremblait pas plus que devant les dévotes ;
Et quand sa belle voix, psalmodiant les notes,
Comme font les curés dans tous leurs Oremus,
Dit :
"Benedicat vos omnipotens Deus,"
« Feu ! répéta la voix féroce, ou je me fâche. »
Alors un d’entre nous, un soldat, mais un lâche,
Abaissa son fusil et fit feu. Le vieillard
Devint très pâle, mais, sans baisser son regard
Étincelant d’un sombre et farouche courage :
"Pater et Filius", reprit-il.
Quelle rage
Ou quel voile de sang affolant un cerveau
Fit partir de nos rangs un coup de feu nouveau ?
Je ne sais ; mais pourtant cette action fut faite.
Le moine, d’une main s’appuyant sur le faîte
De l’autel et tâchant de nous bénir encor
De l’autre, souleva le lourd ostensoir d’or.
Pour la troisième fois il traça dans l’espace
Le signe du pardon, et d’une voix très basse,
Mais qu’on entendit bien, car tous bruits s’étaient tus,
Il dit, les yeux fermés :
"Et Spiritus sanctus."
Puis tomba mort, ayant achevé sa prière.
L’ostensoir rebondit par trois fois sur la pierre.
Et, comme nous restions, même les vieux troupiers,
Sombres, l’horreur vivante au cœur et l’arme aux pieds,
Devant ce meurtre infâme et devant ce martyre :
"Amen !" dit un tambour en éclatant de rire.
François Coppée, Poèmes modernes
François Coppée en 1869
(Les Annales politiques et littéraires, 31 mai 1908, p. 514)
59. La Paimpolaise
La Paimpolaise (Théodore Botrel)
1
Quittant ses genêts et sa lande,
Quand le Breton se fait marin,
En allant aux pêches d'Islande
Voici quel est le doux refrain
Que le pauvre gâs
Fredonne tout bas
"J'aime Paimpol et sa falaise,
"Son église et son grand Pardon ;
"J'aime surtout la Paimpolaise
"Qui m'attend au pays breton."
2
Quand leurs bateaux quittent nos rives,
Le curé leur dit : "Mes bons fieux,
"Priez souvent Monsieur Saint Yves
"Qui nous voit, des cieux toujours bleus."
Et le pauvre gâs
Fredonne tout bas ;
"Le ciel est moins bleu, n'en déplaise
"A Saint Yvon, notre Patron,
"Que les yeux de la Paimpolaise
"Qui m'attend au pays breton !"
3
Guidé par la petite Étoile,
Le vieux patron, d'un air très fin,
Dit souvent que sa blanche voile
Semble l'aile d'un Séraphin...
Et le pauvre gâs
Fredonne tout bas :
"Ta voilure, mon vieux Jean-Blaise,
"Est moins blanche, au mât d'artimon,
"Que la coiffe à la Paimpolaise
"Qui m'attend au pays breton."
4
Le brave Islandais, sans murmure,
Jette la ligne et le harpon ;
Puis, dans un relent de saumure,
Il se couche dans l'entrepont...
Et le pauvre gâs
Soupire tout bas :
"Je serions ben mieux à mon aise,
"Devant un joli feu d'ajonc,
"À côté de la Paimpolaise
"Qui m'attend au pays breton."
5
Puis, quand la vague le désigne,
L'appelant de sa grosse voix,
Le brave Islandais se résigne
En faisant un signe de croix...
Et le pauvre gâs
Quand vient le trépas,
Serrant la médaille qu'il baise,
Glisse dans l'Océan sans fond
En songeant à la Paimpolaise...
Qui l'attend au pays breton !...
60. Les Nichons
Les Nichons (Eugène Lemercier)
Les Nichons ! Chanson par Eugène Lemercier, sur un vieil air du " Caveau ", harmonisé par Victor Leclerc
https://www.retronews.fr/journal/le-fin-de-siecle/02-juillet-1892/687/2684191/1
Texte à venir
61. Les Petits pavés
Les Petits pavés
Paroles de Maurice Vaucaire ; musique de Maurice Vaucaire et Paul Delmet
Paris : L. Grus, [1891]
1
Las de t'attendre dans la rue
J'ai jeté deux petits petits pavés
Sur tes carreaux que j'ai crevés
Mais tu ne m'es pas apparue
Tu te moques de tout je crois
Tu te moques de tout je crois
Demain je t'en lancerai trois
2
Par devant ta porte cochère
Pour faire tomber tes amis
Trois et quatre pavés j'ai mis
J'exècre tes amis ma chère
Demain je recommencerai
Demain je recommencerai
Et tes amis je les tuerai
3
Si tu ne changes pas d'allures
J'écraserai tes yeux ton front
Entre deux pavés qui feront
A ton crâne quelques fêlures
Je t'aime t'aime bien pourtant
Je t'aime t'aime bien pourtant
Mais tu m'en as fait tant et tant
4
Les gendarmes en cavalcade
Me poursuivront après ce coup
Pour m'attacher la corde au cou
Je me bâtis ma barricade
Et sur les pavés je mettrai
Et sur les pavés je mettrai
Mon cœur durci par le regret
5
Autant de pavés par le monde
De grands et de petits pavés
Autant de chagrins encavés
Dans ma pauvre âme vagabonde
Je meurs je meurs de tout cela
Je meurs je meurs de tout cela
Et ma chanson s'arrête là
Notice au catalog_e de la BNF :
https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb43316353g
62. La Môme aux grands yeux
62. La Môme aux grands yeux / Reschal
Music: Paul Marinier & L. Bourotte
Lyrics: Emile Bessières
1er couplet
Par un soir d'hiver sur le bord de la Seine
J'rencontre un'jeune môme qu'avait just'seize ans
Alle était jolie, all's'appelait Madeleine
Des grands yeux rêveurs, des yeux innocents
Alle était pâlotte et blache comme un cierge
Et grelottait ferme sous ses oripaux
Avec ses cheveux d'or on eut dit une vierge
Comme on en voit d'peint'sur les vitraux
Refrain
On s'aimait oh, c'est rien d'le dire
On s'aimait on était heureux
L'bonheur ça t'nait dans un sourire
Un sourire de ses grands yeux
A présent triste sort j'soupier
J'ai perdu ma môme aux grands yeux
2ème couplet
Elle était bonne et douce comme un ange
Alle donnait du bonheur et jamais d'ennuis
Ces mômes là c'est chouette jamais ça s'dérange
Travaillait tout le temps les jours comme les nuits
Et les jours de fête et tous les dimanches
Comme les gens d'la haute, en habits d'gala
Nous allions gaiement dîner sour les branches
Nous allions tout seul à Saint-Cucufa
(au refrain)
3ème couplet
Mais y'a des sales gens tout de même en ce bas monde
On est pas heureux sans faire des jaloux
Quelqu'un m'a chippé ma môme si gironde
Elle s'a envolé vers un autre époux
Aussi quand le soir je rentre dans la piaule
Où j'ai tant connu de bonheur autrefois
Je pleure comme un veau comme un chat qui miaule
Après sa p'tit'chatte qui court sous d'autres toits
(au refrain)
4ème couplet
L'bonheur en amour ça passe comme un rêve
Quand on est heureux on l'paie vite après
On sait bien pourtant qu'un jour faut qu'ça crève
On se l'dit tout bas, mais on l'croit jamais
Avant de vous quitter à la bonne franquette
J'vous donne un conseil de frangin le v'la
Si vous vous voulez prendre un'p'tit'gigolette
Qu'a soit pas trop bath on vous la chip'ra
(au refrain)
63. Sérénade du pavé
63. Sérénade du pavé
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La sérénade du pavé |
Paroles et Musique: Jean Varney 1894
© Ondet/Fortin
autres interprètes: Fragson (1895), Edith Piaf (BO film "French Cancan" 1954), Anny Flore (1965), Jack Lantier (1970)
note: dans BO film "French cancan"
Si je chante sous ta fenêtre,
Ainsi qu'un galant troubadour
Et si je veux t'y voir paraître,
Ce n'est pas, hélas, par amour.
Que m'importe que tu sois belle,
Duchesse, ou lorette aux yeux doux
Ou que tu laves la vaisselle,
Pourvu que tu jettes deux sous.
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai si souvent chanté.
Ton offrande est la bienvenue.
Fais-moi la charité.
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai si souvent chanté.
Devant moi, devant moi, sois la bienvenue.
L'amour, vois-tu, moi, je m'en fiche.
Ce n'est beau que dans les chansons.
Si quelque jour, je deviens riche,
On m'aimera bien sans façon.
J'aurais vite une châtelaine
Si j'avais au moins un château
Au lieu d'un vieux tricot de laine
Et des bottines prenant l'eau.
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai si souvent chanté.
Ton offrande est la bienvenue.
Fais-moi la charité.
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai si souvent chanté.
Devant moi, devant moi, sois la bienvenue.
Mais ta fenêtre reste close
Et les deux sous ne tombent pas.
J'attends cependant peu de choses.
Jette-moi ce que tu voudras.
Argent, pain sec ou vieilles hardes,
Tout me fera plaisir de toi
Et je prierai Dieu qu'il te garde
Un peu mieux qu'il n'a fait pour moi.
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai souvent chanté.
Ton offrande est la bienvenue.
Fais-moi la charité.
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai si souvent chanté.
Devant moi, devant moi, sois la bienvenue...
64. Le Pauvre noir
64. Le Pauvre noir
http://www.paroles.net/chansons/55960.htm
http://cgi.ebay.fr/Partition-LE-PAUVRE-NOIR-de-CH-LIEBAU_W0QQitemZ110172949398QQihZ001QQcategoryZ60739QQcmdZViewItem
LE PAUVRE NOIR
Paroles de A. GERARD
Musique de CH. LIEBEAU
Joubert, éditeur
format 27 X 17,5
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Emile Lavielle = interprète |
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Le pauvre noir |
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1943 ??
Le front couvert de sueur et de sang
Un pauvre noir des côtes de Guiné,
Marchait courbé, sous un fardeau pesant
En maudissant sa triste destinée
Ne pouvant plus porter son lourd fardeau
Il s'écria "Maître à l'âme cruelle,
J'ai dans mon cœur une douleur mortelle
Au pauvre Noir, donne un peu de repos {x2}
Depuis vingt ans je travaille pour toi,
Mes bras nerveux ont défriché tes plaines
Mais maintenant, je suis vieux tu le vois
Mon sang glacé se flétrit dans mes veines
Te souviens-tu qu'au bord de ce ruisseau
Je t'ai sauvé des fureurs de la hyène !
Sois généreux ! Prends pitié de ma peine !
Au pauvre noir, donne un peu de repos {x2}
De me frapper qui t'a donné le droit ?
Dieu me créa, dis-tu, pour être esclave
Ne suis-je pas un homme comme toi ?
Crois-tu qu'un noir ne peut pas être brave ?
Tes coups de fouet ont déchiré ma peau,
Fait frissonner mon cœur dans ma poitrine !
Le tigre est fort, mais le lion le domine
Au pauvre noir, donne un peu de repos {x2}
Te souviens-tu Saint-Domingue en courroux
Quand il fallut abolir l'esclavage ?
Le peuple noir fit ployer les genoux
Aux lâches blancs qui manquaient de courage
La liberté déployant son drapeau
A pour toujours supprimé le servage
En me frappant, tu détruis mon courage
Au pauvre noir, donne un peu de repos" {x2}
Le cœur brisé, le pauvre malheureux,
Pour éviter d'autres nouveaux outrages,
Prit son fardeau les larmes dans les yeux
En maudissant l'homme au pâle visage
Huit jours après, priait sur son tombeau
Un enfant noir dont la voix mâle et fière
Fit le serment de venger son vieux père
L'âme du noir goûte enfin le repos {x2}


